UN PEU D'HISTOIRE.....
par
Jean Louis GIRARD
En 1918, la Ville de Saint-Etienne acquiert, dans la vallée du Riotord,
diverses parcelles de terrain, d'une superficie totale de 17 ha, appartenant, pour
la plupart, à la Société Civile des Tréfonds ou à la Société anonyme des mines
de la Loire. Au fil du temps, cette vallée sera remblayée par les" gandoues"
qui viennent y déverser les caisses de cendres des foyers de mineurs stéphanois,
puis, dès 1930, les premières ordures ménagères collectées dans le centre ville
(photo 1).
Le 26 août 1964, Monsieur le Préfet de la Loire autorise l'extension de
cette décharge sous réserve qu'elle soit contrôlée : le stockage des ordures ménagères
doit s'effectuer par couches et non par le déversement des bennes dans la pente
d'une tête de décharge. Ces ordures doivent être recouvertes après leur dépôt
par une couche de matériaux inertes (photo 2).
Le 5 juillet 1977, la Ville de Saint-Etienne confie à
la SATROD, société privée, la récupération des ordures ménagères. Celles-ci
seront broyées et compactées dans une usine de transfert avant d'être évacuées
dans la vallée du Pateux, sur la commune de Roche-la-Molière. Cette usine, aujourd'hui
démolie, était implantée à l'Est de l'entrée du golf (photos 1 et 4).
Dernier vestige de cette installation, l'immense portail d'entrée qui
donne accès, à partir de la rue Saint-Simon, à la plate-forme sommairement
nivelée et réservée pour une extension future du complexe golfique stéphanois.
A partir de juillet 1977, seuls des matériaux inertes, terre ou gravats,
provenant le plus souvent de démolitions d'immeubles, viendront combler, presque
entièrement, cette vallée du Riotord. Par endroit, l'épaisseur de ces remblais,
de toutes natures, dépasse les 50 mètres.
Puis en 1986, la nécessité de requalifier cet espace longtemps dégradé,
fait de ce site le lieu idéal pour implanter un golf. C'est sur cette plate-forme ainsi constituée, impropre à toute construction,
que l'équipement golfique stéphanois va prendre naissance.
L’équipe Lyonnaise de Thierry Sprecher (concepteur de golf),
Gery Watine (Champion de France) et Jean-Louis Méry (Spécialiste d’Ingénierie du
Sport et des Loisirs) est retenue par le conseil municipal pour réaliser le
golf.
Ce projet est déclaré d’utilité publique par Monsieur Le
Préfet de La Loire le 7 juillet 1988.
Le vaste practice
paysager de plus de 250 mètres d'envergure et le parcours Pitch and Putt de 6
trous, dont la construction a commencé le 18 juin 1988, sont entièrement situés
sur cette ancienne décharge (photos 2, 3 et 4).
Le centre d’initiation est
ouvert en 1989 et les 9 premiers trous sont inaugurés en 1992 (photo 5), avant que le golf
n’acquiert ses 18 trous et son homologation de golf international, en 1994.
En
septembre 1996, le Trophée de l'arbre d'Or est attribué
à la ville de Saint Etienne et à son golf public pour sa
contribution remarquable à l'amélioration de l'environnement
(photo 6)..
En juin 2003, le golf de Saint-Etienne, devient le premier golf en
France à posséder la norme qualité NF X50-726 propre au service.
Trou n° 1
Ses départs sont implantés sur les croupes Sud des terrains agricoles
qui dominaient la décharge. L'axe de jeu, après un léger dog-leg à gauche, vient
tangenter le pied de talus de cette décharge. Il se confond également avec l'axe
de 2 collecteurs d'assainissement, l'un d'eaux pluviales, du type ovoïde, haut
de 1,5 mètre, l'autre, d'eaux usées, d'un diamètre de 30 cm, qui depuis Côte
Chaude et Chavassieux, captent au passage les effluents des constructions et
lotissements existants ou en cours d'aménagement. Les bâtiments d'accueil et d'entretien
du golf sont évidemment branchés sur ces collecteurs posés avant le reprofilage
des "Fairway". Par nécessité de service, certains regards de visite sont
apparents.
Les jardins ouvriers (photo
7) qui meublaient ce léger vallon (une quarantaine
environ) ont été réinstallés plus bas dans la vallée, près du gymnase des
champs. Un seul subsiste encore sur le site. Il s'est reconstitué, après
reprofilage du terrain par la Ville de Saint-Etienne, sur la propriété privée
voisine qui surplombe le green n° 1 (photo 8).
Trou n° 2
Ses départs ont été sculptés dans le talus de la décharge,
dans sa partie la plus ancienne, celle qui a permis la construction du 6 trous "Pitch
and Putt" dès la 1ère tranche d'aménagement
du golf.
Le lac, à hauteur de retombée de drive, se situe dans le point bas de
la vallée, en lieu et place d'une décharge privée (photos 1 et 9), gérée par une entreprise stéphanoise
de travaux public. Il est artificiel.
Quant au green n° 2, il occupe l'emplacement de l'ancien carreau des
Mines de la Chana (photos 1 et 9), comme l'atteste la plaque commémorative que peut lire le
joueur en se rendant au départ du trou suivant. Ce puits fut considéré comme le
plus difficile à exploiter sur l'ensemble du bassin. Toutes les méthodes de
boisage connues en France y furent tentées. Mine très grisouteuse et poussiéreuse,
elle devait tuer 65 hommes le 21 janvier 1942.
Ils sont implantés sur des terrains agricoles, à usage de prés qu'il a
fallu reprofiler pour asseoir les "Fairway".
Ils appartenaient jadis aux Houillères du Bassin du Centre et du Midi (H.B.C.M.)
qui, après avoir exploité les tréfonds, les ont vendus, peu de temps avant la
construction du golf au tout dernier exploitant agricole encore en activité sur
le territoire de la Ville de Saint-Etienne.
De tout ce domaine, d'une dizaine d'hectares environ, dénommé "la
grange aux Boeufs", il a conservé en affermage et pour quelques années
seulement, le triangle clos, en fond de talweg, situé entre les trous 5 et 8, actuellement
en jachère.
De belles haies d'arbres délimitent les lignes de jeu; quelques très
beaux chênes isolés servent de repère pour l'approche; une petite forêt en fond
et à gauche du trou n° 5 capte les balles égarées.
Toutes ces plantations, dont certaines sont centenaires, ont été préservées
lors de la construction du golf. Seul un petit enclos, près des départs du trou
n° 4 et du green n° 5, a été démoli et nettoyé. Il s'agissait d'un élevage, quelque
peu clandestin, de moutons, oies et volailles diverses ...
Trou n° 6
Après ses départs taillés dans la pente, il échappe très vite au
domaine agricole décrit précédemment pour emprunter un vallon dans lequel
serpente un petit ruisseau, pratiquement inexistant avant la construction du
golf. C'est au cours des travaux de terrassement, en 1993, qu'il s'est mis en évidence
après de très fortes pluies. Pour réguler son débit et éviter de nouvelles
inondations à l'aval, la Direction Départementale de l'Agriculture (D.D.A.) a
exigé le remplacement de la retenue d'eau prévue comme bassin d'agrément au
pied et à droite des départs, par un bassin d'orage, vide en temps normal.
Pas de plan d'eau donc
pour corser les difficultés de ce trou n° 6, mais un très beau par 5 qui a nécessité
la démolition de constructions implantées dans ce fond de vallon :
-
une petite villa, très fermée sur elle-même,
dont la construction clandestine datait de quelques décennies et dont seule
subsiste aujourd'hui une pile du portail d'entrée, en bout du mur de clôture et
2 arbres.
-
d'anciens dépôts et ateliers des H.B.C.M.
(photo 10)
occupés par un menuisier et un récupérateur de papiers et cartons.
Le chemin de terre, dénommé rue Kléber, qui borde au Nord le trou n° 6
et donc le golf, appartient par moitié à la commune de Villars et à la Ville de
Saint-Etienne.
Trous n° 7. 9. 11. 12. 13 et 14
La rue Claude Martin reliait jadis le quartier de Chavassieux
au Bois
Monzil. Déclassée dans sa partie centrale du fait de la décharge publique, elle
s'est transformée en impasse côté Chavassieux. Elle a changé de nom dans la
partie qui dessert le bâtiment d'entretien.
Elle se dénomme actuellement rue des Mineurs de la Chana
(photo 10).
Avec la construction du golf, le chemin du Bois Rolland a également
disparu. Il reliait cette rue des Mineurs de la Chana au Bois Rolland (photo
10) que l'on
traverse pour se rendre au départ du trou n° 7 depuis le green du 6.
Ce chemin desservait une vieille maison des H.B.C.M.
(photo 10), réhabilitée par un
ancien mineur reconverti sur place en éleveur de moutons. L'acquisition de ce
bien s'est réglée par voie d'échange avec une propriété similaire sur Saint-Marcellin.
Le sol libéré des constructions reçoit actuellement les départs du trou n° 11
Hormis quelques petites parcelles appartenant au CH.R. ou a un propriétaire
privé, tous les terrains qui reçoivent les trous 7, 9, 11, 12, 13 et 14
appartenaient jadis aux H.B.CM. qui là aussi, après avoir exploité les tréfonds
les ont vendus, peu de temps avant la construction du golf, au fermier qui les
cultivait:
Une sorte de fendue murée et transformée en fontaine et bassin
(photo 10), est
encore bien visible près des départs du trou n° 13.
Le champ de maïs cultivé au-dessus de ces départs devait initialement
faire partie du golf. Après une longue et difficile négociation, il a été laissé
à son propriétaire.
C'était la condition préalable exigée par cet exploitant agricole pour
un règlement amiable de l'acquisition du reste des terrains lui appartenant
représentant une superficie proche de 10 hectares. Le projet initial a dû être
légèrement modifié. Malgré tout, le parcours de 18 trous a pu être construit, en
totalité, suivant les règles de l'art et dans les délais fixés.
Trous
15... l.6.. 17 et 18
Implantés sur des terrains appartenant à la Ville de Saint-Etienne, leur
construction a pu être engagée dès la mise en service de la première tranche (Practice,
ateliers, petit 6 trous, bâtiment d'accueil...).
Elle a été précédée par la pose des collecteurs d'assainissement
provenant de la rue Claude Martin (collecteur de Chavassieux) ou de Côte Chaude
(passage sous le boulevard du golf). Ce sont ces collecteurs d'eaux pluviales
et usées que l'on retrouve à l'aval sous le fairway des trous n° 1 et 2.
Elle a nécessité d'importants travaux de terrassement. Dans certaines
zones, comme au milieu du fairway du trou n° 15, d'énormes masses d'argile
avaient été entreposées. Il a fallu les évacuer. De nombreuses cavités ont dû être
comblées. Plusieurs dizaines de milliers de mètres cubes de remblai ont été
apportés par camions, depuis les zones d'activités de l'Ouest stéphanois en
cours d'aménagement. 25.000 mètres cubes de terre végétale ont été régalés pour couvrir l'ensemble
des terrains ainsi reprofllés.
- Le trou n° 16,
l'un des plus spectaculaires du parcours, ne surplombe pas un puits de mine mais une belle carrière de grès.
Ne soyez pas surpris par les vagues
du fairway du trou n° 17. Si l'une
d'elle couvre l'extrados d'un tuyau d'assainissement, une autre correspond à
une levée de terre très ancienne qui servait de digue à l'Etang de Momey (photo
13) et
comme le chantait Marcel ODOUARD
"Pères et mères de famille
Méfiez-vous de cet endroit
Dans ce
coin, l'amour y fourmille
Et le chemin n'est pas bien droit.
Là, plus d'une
fille volage
En écrasant le serpolet
Vient oublier son plus bel âge
A l'Etang de
Momey (bis)... "
Le trou n° 18 prend
ses départs au pied de la ferme qui a été gangrenée au fil du temps par la décharge
puis par le golf.
Seuls subsistent
aujourd'hui les bâtiments abandonnés eux-aussi par son fermier qui a terminé sa
carrière avec l'équipe de jardiniers du golf
Les ateliers spécialisés pour le petit jeu
Il est difficile d'imaginer la présence d'une centaine de. garages préfabriqués
construits par les R.B.C.M., en bordure de la rue Saint-Simon (photo 15), à l'emplacement
actuel de l'atelier d'approche. Chacun de ces garages appartenait à un ancien
mineur ou ayant-droit résidant dans la cité de Chavassieux toute proche ou dans
l'ensemble d'habitations des R.B.C.M. traversé par la rue de Chavassieux. Tous
ont accepté d'échanger leur bien contre un autre garage reconstruit à l'identique
par la Ville de Saint-Etienne, plus près de leur domicile. Cette transaction, toute
à leur avantage, n'était cependant pas jouée d'avance.
Un seul récalcitrant
pouvait bloquer le système ..
Le terrain qui avait été remblayé par les R.B.C.M. pour constituer une
plate-forme constructible a été décaissé pour retrouver approximativement son
niveau originel.
Plus près du bâtiment d'accueil, à l'emplacement de l'espace détente, vivaient
ici plusieurs dizaines de chiens et chats recueillis par la S.P.A.
La construction du golf les a contraints à quitter leurs locaux vétustes
et nauséabondes de la rue Saint-Simon, pour des installations fonctionnelles, neuves
et fort agréables, rue Florent Evrard.
Seuls ont résisté aux travaux du golf les 2 grands pins qui ombragent
l'été l'espace détente.
Le bâtiment d'accueil
Traité différemment d'un club house, il constitue la première vitrine
de l'équipement. Il suscite la curiosité, retient l'intérêt et engage à entrer.
Dès le franchissement de la première porte, le promeneur est accueilli,
renseigné, peut prendre un verre ...
S'il est golfeur, il se dirigera vers le niveau bas, où il pourra se
changer, s'équiper pour aller jouer. Tout lui est alors accessible.
Quel contraste avec le poste d'entrée de la décharge publique d'autrefois!
Pour construire ce bâtiment d'accueil sur de bonnes fondations, il aura
fallu enlever 40.000 m3 de déblais et les remplacer par 40.000 m3 de matériaux
sains et bien compactés.
FIN DE L'HISTOIRE ?
Non, c'est tout simplement la fin d'un rappel d'évènements
que j'ai vécus depuis août 1986 lorsque le projet de construction d'un golf à
Saint-Etienne a commencé à germer. Thierry SPRECHER, concepteur de ce golf, pourrait
certainement en citer bien d'autres... .
D'autre part, tout n'est pas terminé.
A la place de l'usine de compactage de la SATROD et des anciens dépôts
de sel, la réserve foncière constituée est prête à recevoir un parcours compact
de 9 trous.
La promenade paysagère traitée en balcon rue Saint-Simon ne demande qu'a
ceinturer le golf sur tout son périmètre.
L'HISTOIRE du golf de Saint-Etienne ne s'arrêtera donc pas à cette
petite suite d'anecdotes ...